Lecture au coin du feu | Jacaranda

Résumé :


Quels secrets cache l’ombre du jacaranda, l’arbre fétiche de Stella ? Il faudra à son ami Milan des années pour le découvrir. Des années pour percer les silences du Rwanda, dévasté après le génocide des Tutsi. En rendant leur parole aux disparus, les jeunes gens échapperont à la solitude, et trouveront la paix près des rivages magnifiques du lac Kivu. Sur quatre générations, Gaël Faye raconte l’histoire terrible d’un pays qui s’essaie malgré tout au dialogue et au pardon. Comme un arbre se dresse entre ténèbres et lumière, Jacaranda célèbre l’humanité, paradoxale, aimante, vivante.

Avis à chaud :

Je viens de terminer la lecture de Jacaranda. J'en ai les larmes aux yeux. Difficile de s'en remettre après une telle histoire, aussi intense en émotions. Elle aborde le génocide des Tsuti au Rwanda. Je ne connaissais rien au sujet et ça m'a vraiment fait un choc. Je sais que des actes atroces et inhumains ont été commis, ou se commettent encore chaque jour : on les étudie, on en entend parler à la radio, la télévision, mais Jacaranda déroule un témoignage brûlant et poignant d'un drame dissimulé sous le silence des bourreaux et des victimes.

La plume de l'auteur, précise et d'une justesse qui fait mouche, emporte le lecteur dans la vie de Milan, un enfant qui tente de reconstituer ses origines et de démêler le silence de sa mère Venancia. Vivant en France à Versailles, l'histoire rwandaise n'existe pour lui qu'à travers le poste TV et les discussions avortées lors des réunions de famille. Mais à l'arrivée de Claude, tout change. Milan entre en contact avec ce monde de l'ailleurs à travers ce "petit frère" qui porte un lourd fardeau.

La vie de Milan sera ponctuée par la présence du Rwanda dont l'histoire lui résiste. Elle se mêlera à celle de la vénérable Rosalie, qui en a tant à dire sur le Rwanda, d'Eusébie, amie de sa mère, de sa fille Stella, ainsi que celle de Claude et Sartre.

Les témoignages du génocide sont particulièrement horrifiants et poignants, il n'y a aucun mot pour décrire de telles atrocités, et pourtant c'est ce qu'arrive à faire l'auteur. La brutalité de son récit, malgré une plume légère et simple, transperce le lecteur à travers même le livre qui devient le porte-parole des victimes. Comment supporter une telle histoire ? Comment se reconstruire ? Croire encore en l'humain ? Le silence de ceux qui ont vécu des événements d'une telle cruauté est compréhensible : parler c'est revivre, entendre c'est revivre. On le voit bien lors du témoignage d'Eusébie qui plonge une foule dans le cauchemar, dans des souvenirs d'une dureté indicible.

Mais ce silence est aussi un poison pour les nouvelles générations comme Stella, nées après le génocide, qui continuent indirectement le combat de leurs ancêtres, pour la nation, pour les mémoires, pour que la survie est un sens, qui sont un écrin renfermant les violences passées et portent les espoirs et les rêves de leurs parents dont l'âme a été fauchée par les drames. Des parents qui ne comprennent pas les tourments de leurs enfants, "bien mieux lotis qu'eux à leur âge", et ce silence qui amènent à de nouveaux traumatismes.

Un livre complexe pour une histoire qui ne l'est pas moins, tant par son sujet, que par les relations humaines, si compliquées, les thématiques de deuil, de rédemption, d'héritage, et de réconciliation. Jacaranda est un coup de pieds dans la fourmilière qui m'a émue jusqu'à la dernière page.




Shelly Yun

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